De nombreux lecteurs ont envie d'être déroutés, ont envie de partir à l'aventure, dans quelque chose de différent

Mayonnaise

Éric Plamondon est né au Québec en 1969. Sa grand-mère lui disait : “Mille métiers, mille misères.” Il ne l’a pas écouté et a été pompiste, bibliothécaire, barman, enseignant, maître de chai… Il a étudié en sciences, en économie, en journalisme et en littérature. Il vit aujourd’hui en France où il travaille en communication. A 40 ans, il réalise son rêve d’écrire un premier roman. Depuis, il continue.

Quel rapport entre Johnny Weissmuller, Richard Brautigan et Steve Jobs ?

Ce sont là trois destins individuels qui représentent pour moi trois événements clés du XXe siècle : la naissance d’Hollywood et de la société du spectacle, l’avènement de la contre-culture et l’apparition de l’informatique personnelle. Trois américains de la côte Ouest pour qui 1984 est une année décisive et qui dessinent les contours de l’empire.

La trilogie de 1984 n’aurait rien à voir avec le roman 1984 d’Orwell sauf que l’on trouve deux occurrences de l’écrivain dans Mayonnaise. Pourriez-vous éclairer un pauvre lecteur ?

Au contraire, Orwell est très important. On est ici dans le jeu d’une prise de pouvoir des signes, d’une réécriture des faits, d’un jeu à l’échelle du temps, de l’espace et des symboles. Orwell est davantage présent dans “Pomme S” mais toute la trilogie s’en inspire.

Qui est Gabriel Rivages ?  Quel rapport avec Éric Plamondon ?

Comment puis-je répondre à cette question après le “Madame Bovary c’est moi” de Flaubert ? Il y a du Plamondon dans Rivages autant qu’il y en a dans Weissmuller, Brautigan et Jobs. A partir du moment où on raconte quelque chose, nous ne sommes plus dans la réalité, nous sommes déjà dans la fiction. Raconter, c’est fictionnaliser. Rivages doit beaucoup à Plamondon, mais c’est à la fiction qu’il doit le plus.

La narration est non linéaire, les deux romans sont une succession de fragments : haïku, quatrième de couverture, sommaire, procédure, des moments de vie… N’est-il pas possible d’aborder une vie d’une manière chronologique ?;-)

C’est ce qu’on fait en général, j’avais justement envie de faire autre chose. J’avais envie de rendre compte de la manière avec laquelle on construit un savoir. Lorsqu’on rencontre quelqu’un, on ne le découvre pas de manière chronologique. On apprend par petites touches. On discute de tout et de rien. C’est par bribes qu’une image se construit, qu’on fait connaissance. Ce processus est à l’œuvre dans toute tentative de compréhension, qu’il s’agisse d’un individu, d’une science, du monde… C’est ce processus qui m’intéresse ici, sa mise en scène. La chronologie est une reconstruction, un jeu de l’imaginaire que j’ai envie d’offrir au lecteur. Dans mes trois premiers romans, j’espère lui avoir laissé beaucoup d’espace, une grande liberté.

Que souhaitez-vous transmettre au lecteur ? De l’énergie ? La mayonnaise prend-elle toujours avec le lecteur ?

Pour moi, l’adjectif qui qualifie le mieux mes deux premiers livres est : déroutant. Je découvre, depuis leur publication, que de nombreux lecteurs ont envie d’être déroutés, ont envie de partir à l’aventure, dans quelque chose de différent. Ce que j’ai envie de transmettre, c’est cette envie d’autre chose, d’une autre manière de construire une réalité, une expérience de connaissance à travers le saisissement de différents destins.