Les énigmes médicales ne ressemblent en rien aux énigmes du comportement humain.

Le bon père

Noah Hawley est producteur de film de cinéma et de télévision, scénariste, compositeur et écrivain. La Série noire vient de publier son premier roman « Le bon père ».

Paul Allen est rhumatologue et raisonne en rhumatologue. Et c’est très bien fait. Avez-vous des connaissances particulières sur ce métier ?

Je n’en avais pas lorsque j’ai commencé. J’ai discuté avec plusieurs médecins et me suis beaucoup documenté. Lorsque je commençais à réfléchir à l’histoire, je savais que je voulais que le père soit le meilleur de sa catégorie. Un homme qui était finalement parvenu à un idéal de satisfaction. Lorsque j’ai eu l’idée d’en faire un médecin, je me suis rapidement rendu compte que par ce métier, il serait également une sorte de détective. Parce que c’est le job d’un médecin – et plus particulièrement d’un rhumatologue – de résoudre des énigmes médicales. Par conséquent, le père croit pouvoir élucider l’enquête sur la mort du sénateur, et déterminer si c’est son propre fils l’a tué.
Mais bien sûr, de son côté, c’est juste de l’hubris, car les énigmes médicales ne ressemblent en rien aux énigmes du comportement humain.

Vos lecteurs pensent-ils en général que Paul Allen est un bon père ?

C’est une question intéressante. Les hommes le voient souvent de cette façon, alors que les femmes doutent davantage. J’ai reçu beaucoup d’emails de la part de parents (hommes et femmes) d’adultes qui semblent s’être égaré. Certains sont en prison. D’autres sont juste désorientés. Le roman touche personnellement ces hommes et ces femmes, car il pose une question essentielle : qu’est-ce qu’un bon parent ? Et si faire de notre mieux ne suffisait pas ?

Est-ce difficile de donner vie à un personnage qui fuit et à un autre qui nie l’évidence ?

Lorsque l’on dépeint des personnages, le défi repose sur la différence entre montrer et raconter. Ce n’était pas difficile d’imaginer le combat du père qui essaie de prouver que son fils est innocent (notamment à ses yeux). Pour beaucoup de parents, c’est le pire cauchemar qui puisse arriver. Pour moi, le livre était une sorte de scénario catastrophe, car mon premier enfant venait juste de naître.

Le fils était plus compliqué à écrire, parce qu’il était crucial que je n’explique pas son cas au lecteur. Au lieu de ça, je voulais montrer tout un panel de comportements ; revenir sur ses pas à lui, mais de l’extérieur, pas de l’intérieur. J’avais toujours imaginé que le roman serait écrit par le père. Même les sections parlant de son fils. Ce qui veut dire que les chapitres concernant Daniel étaient toujours plus ou moins de la spéculation. On sait qu’il se trouvait à tel endroit, à tel moment. On sait qu’il s’était retrouvé dans une tornade en Iowa. Quel effet cela a t-il pu lui faire ? Quelle incidence cela a t-il eu sur lui ?

Les passages du journal intime du fils étaient les plus exigeants, parce que, pour la première fois, je devais écrire de son point de vue. Même si je voulais montrer qu’il était déconnecté de la réalité, je ne voulais pas qu’on le prenne pour un fou. Au lieu de ça, j’espérais laisser des indices. De cette façon, le lecteur peut se faire sa propre image de Daniel. Parce qu’au final, que peut-on vraiment savoir d’une autre personne, notamment quelqu’un qui commet un acte de violence aussi incompréhensible ?

Quand on lit ce qui a été écrit sur l’assassinat de JFK, ou sur n’importe lequel des – bien trop nombreux – meurtres commis par ces jeunes gens (explorés dans le roman dans la section « Etudes de cas »), on se retrouve avec le sentiment exaspérant que, même si tous les détails sont là, l’image est floue. Pourquoi Mark David Chapman a t-il tué John Lennon ? Pourquoi Hinckley a t-il tiré sur Reagan ? On peut très bien me raconter leurs vies jusqu’aux détails les plus intimes, je ne comprendrais pas davantage les actes commis, parce que finalement, aux yeux d’une personne raisonnable, ce qu’ils ont fait n’est pas compréhensible.

Vous vous êtes visiblement bien documenté sur les tueurs en série et surtout sur les assassins d’homme politique. Y-a-t-il un dénominateur commun entre tous ces crimes ?

Il n’y a pas vraiment de dénominateur commun. La découverte la plus étrange était qu’aux USA, l’assassinat d’une personnalité politique se fait rarement pour une raison politique. C’est généralement lié à la notoriété. Dans le cas de Hinckley, il voulait qu’une actrice très connue le remarque. En fait, avant de tirer sur Ronald Reagan, Hinckley a traqué son adversaire, Jimmy Carter. Il a changé de bord entre temps (après la défaite de Carter), donc comment serait-il possible d’affirmer que c’était pour une raison politique ?

Les États-Unis sont un grand pays, il est facile de s’y perdre – émotionnellement, psychologiquement. Pour un jeune homme ayant désespérément besoin de structure et de limites, prendre la route est l’option la plus dangereuse. En s’éloignant de sa famille et de son entourage, en errant à travers les plaines, c’est facile de perdre la notion de soi-même, de perdre tout sens moral.

Quand le lecteur de roman policier relève le nom d’Ellroy dans un roman policier, il pense immédiatement à James Ellroy. Ellroy est-il « un petit gars de la campagne à moitié attardé » ? Plus sérieusement, quels sont les auteurs qui vous inspirent ?

Je ne pense pas que le personnage d’Ellroy ait été inspiré par l’auteur, bien que je sois fan de ce qu’il fait, particulièrement American Tabloid. Depuis mon adolescence, des auteurs comme Don DeLillo et Philip Roth, mais également des romanciers comme Milan Kundera et JM Coetzee m’inspirent. Les romans que j’apprécie le plus sont centrés sur des personnages, mais également thématiques et philosophiques. Kurt Vonnegut est une autre inspiration majeure, un auteur iconoclaste qui n’avait pas peur de faire rire ou de soutenir le sens commun et la simple moralité. Pas dans une posture de jugement, mais pour rappeler que nous sommes sur cette Terre pour être honnêtes avec les autres.

Avez-vous un idéal de la famille, de l’éducation ?

Je pense que c’est important de donner de la structure à un enfant et de l’encourager à se trouver des intérêts, à être curieux. Plus que la discipline, c’est l’auto-discipline qui est importante, et non celle qui est imposée.
Un enfant curieux et qui est déterminé à faire de grandes choses devient un adulte qui peut survivre et grandir dans les conditions les plus hostiles. A mon avis, du moins.

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Un roman absolument passionnant. Tant par la forme, que par les questions qu’il pose.

Tout cela est fait avec une finesse et une certaine élégance qui n’est pas sans rappeler parfois Thomas H. Cook et donne un roman noir tout en nuances, avec un certain suspense, mais avec surtout des questions destinées à rester longtemps en suspens.