Le fait d'écrire vous oblige à ouvrir tous vos sens

Sur le chemin des Ducs

Écrivain voyageur, fondateur de l’association Seuil, Bernard Ollivier a également publié aux Éditions Phébus, Aventures en Loire et La vie commence à 60 ans.

Pourquoi avoir écrit ce récit de voyage sur la Normandie « seulement » maintenant ?

Tout d’abord parce que je n’ai que peu de temps, attrapé par mille tâches dont… l’écriture. J’ai dirigé un ouvrage (Marcher pour s’en sortir) en septembre, mon premier roman (Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main) en janvier et Sur le chemin des Ducs en mai.
La deuxième raison est plus prosaïquement que j’ignorais l’existence de ce chemin. Contrairement à l’image qu’on donne de moi, je ne suis pas un marcheur à tous crins et je ne marche pas pour marcher mais pour m’instruire et rencontrer. Sur ce chemin, j’ai découvert de nombreuses histoires et… j’ai aussi retrouvé mon enfance puisque la dernière partie est le bocage normand où je suis né et j’ai grandi.

Existe-t-il en France de nombreuses Marie-Paul Labéy ?

Il n’en existe qu’une !

Qu’apporte l’écriture au voyage ?

Elle en fait jaillir la substantifique moelle. Je ne voyage pas pour écrire. Je pars, et au bout de quelques jours, j’ai envie de partager. Donc d’écrire. Et le fait d’écrire vous oblige à ouvrir tous vos sens : ce sont les détails, parfois insignifiants, qui donneront corps et vie au récit.

Visiblement, vous marchez en étant connecté (malgré vous). La > possibilité d’interroger Internet pour répondre aux questions qui surgissent durant la marche change-t-elle la manière de marcher ?

Non. Internet m’évite parfois de longues recherches mais je n’y ai recours qu’au retour, lorsque j’ai besoin de précisions ou que je cherche une piste de recherche plus large. Je prépare mes voyages avec des livres et des cartes et j’écris en m’appuyant parfois sur internet. Mais Internet n’existait pas lorsque j’a accompli la route de la soie à pied et je m’en suis fort bien passé.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur l’association Seuil ?

Seuil, que j’ai créée en mai 2000, est une association qui propose à des jeunes en grande difficulté de se retrouver grâce à la marche. Chaque jeune, délinquant ou non, part pour une marche de trois mois, dans un pays étranger (Italie, Espagne) avec un adulte. Il ne peut emporter ni téléphone, ni musique enregistrée. Une partie importante de ces jeunes accomplissent la marche en alternative à l’incarcération, par le moyen de libérations conditionnelles ou de d’aménagements de peine. Ils sont tous confiés à Seuil par des juges des enfants.

Un livre récent Marcher pour s’en sortir (éditions Eres) explique en détail le processus de ces marches aux vertus très éducatives pour des jeunes en mal de repères.