On passe notre vie à essayer de trouver la meilleure compagnie possible

Tartes aux pommes et fin du monde

Guillaume Siaudeau est poète et romancier et vit à Clermont-Ferrand. Tartes aux pommes et fin du monde est son premier roman publié aux éditions Alma.

Dans votre roman, certaines situations plutôt cocasses (rencontre autour d’une boîte de maquereaux, chien aux ailes en carton…) revêtent un caractère poétique, presque cinématographique. C’est possible ?

C’est tout à fait possible. La poésie et les histoires cocasses n’ont pas leur place qu’au cinéma, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si de nombreux films sont adaptés de bouquins. Je trouve que la poésie se marie bien avec les situations incongrues, la lecture permet à chacun d’imaginer une scène, de la rendre plus ou moins bizarre et colorée que ce qu’elle est, alors qu’à l’inverse le cinéma impose sa vision des choses.

La situation matérielle, sentimentale et familiale du narrateur se dégrade au fil du roman, à mesure qu’il se lie de plus en plus avec le revolver qu’il a acheté. Pourquoi un tel compagnon d’infortune ?

Des gens arrivent à s’attacher à des petits chiens qui gueulent tout le temps, à des serpents ou des reptiles bizarres, à des êtres qui leur font du mal, à des choses dont personne d’autre ne voudrait, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas avec un revolver ? On passe notre vie à essayer de trouver la meilleure compagnie possible, qu’elle soit de chair, de poils, de plumes ou de métal.

Vous remerciez Thomas Vinau, qui est un auteur également publié chez Alma. Quelle influence a t-il eu sur ce roman ?

J’échange régulièrement avec Thomas, et alors qu’on prenait des nouvelles et que je lui disais que je venais de terminer le manuscrit d’un roman, il m’a proposé de le faire passer à Alma, chez qui il avait déjà publié ses deux premiers romans. Je m’apprêtais à l’envoyer à droite à gauche sans trop savoir s’il trouverait chaussure à son pied, et Thomas m’a évité bien des démarches. Une part de ces tartes aux pommes est pour lui.

Pourquoi des tartes aux pommes plutôt que des prunes, des abricots ou des pêches ?

Histoire de goût, moi j’adore les tartes aux pommes. Et vous ? Il faut dire que ma grand-mère en faisait de délicieuses, un peu comme celles dans le livre. En matière de tartes rien n’arrive à la cheville d’une de ses tartes aux pommes, pourtant je peux vous dire que j’en ai testé des tartes de tous les goûts et toutes les couleurs… Très sincèrement, je peux affirmer que dans le milieu de la tarte, y a que les tartes aux pommes de ma grand-mère qui fassent vraiment le poids.

Pourquoi avoir choisi de ne pas nommer votre narrateur ?

Parce que je voulais que chacun s’approprie son identité à sa manière. Tout comme je n’ai pas localisé l’endroit où se déroule le roman. De mon point de vue, le prénom du narrateur ici n’est pas important dès lors qu’il s’exprime à la première personne et qu’il raconte sa vie. C’est un peu comme le cavalier sans tête sauf que lui il lui manque le prénom.

Tartes aux pommes et fin du monde est votre premier roman, mais c’est loin d’être votre premier essai en matière d’écriture. Quel chemin vous a mené à la fiction en format long ?

J’ai toujours écrit des formats plus longs mais c’est le premier roman qui ait trouvé éditeur. Les deux précédents étaient un peu bancals et ont par chance fini à la poubelle. Par ailleurs je publie très peu de longs formats sur le net ou sur mon blog, parce que je trouve que c’est un format qui n’est pas adapté à la lecture en ligne. Des nouvelles peuvent encore passer mais je ne prends pas de plaisir à lire un roman sur un écran d’ordinateur. Tous les poèmes que j’ai écrits et les autres bouquins de poésie que j’ai publiés sont quand même pour beaucoup dans ce roman. Ils sont comme des miettes de tarte aux pommes laissées sur la table pour les oiseaux de passage.

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Avec Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau signe un premier roman plein d'imagination, de légèreté et d'humour, et non dépourvu d'acuité ni d'épaisseur philosophique.