C'est un roman qui tente de proposer plusieurs versions et de ne pas asséner de jugement sur Nadia, sur la Roumanie, sur le communisme.

La Petite Communiste qui ne souriait jamais

“C’est un dialogue fantasmé entre Nadia Comaneci, la jeune gymnaste roumaine de quatorze ans devenue, dès son apparition aux J. O. de 1976, une idole pop sportive à l’Ouest et « plus jeune héroïne communiste » à l’Est, et la narratrice, « Candide occidentale » fascinée, qui entreprend d’écrire son histoire, doutant, à raison, des versions officielles. L’histoire d’une jeune fille face à ses juges, qu’ils soient sportifs, politiques, médiatiques, désirée et manipulée également par les États, qu’ils soient communistes ou libéraux. L’histoire, aussi, de ce monde disparu et si souvent caricaturé : l’Europe de l’Est où j’ai grandi, coupée du monde, aujourd’hui enfouie dans une Histoire close par la chute d’un Mur.”

Discutez-vous encore de la Roumanie des années 80 avec vos parents ?

Non, mais en revanche j’en discute avec mes ami(e)s quand je vais à Bucarest, qu’on l’ait vécue ou non, cette période continue d’être un sujet de discussion et de questionnements…

Que permet la troisième personne du singulier ?

La Petite Communiste qui ne souriait jamais est le premier roman que j’écris à la troisième personne donc je dirai plutôt que je suis en train de découvrir les joies (!) de celle-ci. En réalité, j’aime passer d’un point de vue à l’autre, de la façon, peut être dont une réalisatrice placerait des caméras.

Comment arrivez-vous à garder votre liberté de création en écrivant sur Nadia Comaneci ?

Pourquoi n’y aurait il pas de liberté de création en s’inspirant du réel ? Libre à moi d’avoir créé “ma” Nadia…

Pourquoi avoir instauré un dialogue permanent entre la narratrice et Nadia ?

L’idée n’est pas venue tout de suite mais après plusieurs mois de travail, elle s’est imposée, faire apparaître la gymnaste et lui donner la parole, lui permettre de contredire la narratrice si besoin me paraissait être une mise en abîme excitante. Nadia, de cette façon là “mène” le jeu, la danse, avec sa façon de douter, de juger et de préciser ce que la narratrice propose comme histoire.

L’exploitation de l’image des sportifs est-elle différente quand elle se pratique au niveau d’un État ?

Comme dit dans le roman, à mon avis, qu’ils soient issus d’un état capitaliste ou communisme tous les sportifs sont des symboles politiques.

Quand on ferme le roman, il est aussi difficile d’avoir une opinion bien définie sur Nadia Comaneci à l’instar de ce qui s’est passé durant la révolution roumaine. Est-ce l’effet recherché ?

Oui (!) Absolument. C’est un roman qui tente de proposer plusieurs versions et de ne pas asséner de jugement sur elle, sur la Roumanie, sur le communisme. Une ouverture à différents points de vue (et aussi une façon de montrer le nombre de vérités qui cohabitent lorsqu’on se mêle de chercher le “vrai”).

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Captivée par le récit et par le style, il s’agit d’une lecture en apnée totale, riche, passionnante et marquante !

Subterfuge. Curieusement, le lourd procédé qui consiste à imaginer que l’intéressée intervient dans le travail de sa biographe est une habileté supplémentaire.

Le roman de Lola Lafon n'est pas seulement passionnant - une biographie classique l'aurait été tout autant -, il est aussi troublant dans sa forme.