J'adore jouer avec les genres


Emily Schultz

Emily Schultz © Brian Joseph Davis

Les Blondes

Emily Schultz est née en Ontario et vit aujourd’hui à Brooklyn. Très active sur la scène littéraire et artistique émergente, elle a fondé le magazine littéraire en ligne Joyland. Les Blondes est son troisième roman.

La protagoniste, Hazel, écrit une thèse sur l’apparence chez les femmes et la manière dont cela peut être perçu. Avec le virus touchant seulement les femmes blondes, le climat de méfiance contre les femmes est glaçant dans sa ressemblance à notre propre monde. Votre roman est-il une manière d’inciter la société à se regarder dans le miroir et à réfléchir sur la représentation déformée des femmes qu’elle véhicule ?

Je considère l’écriture comme un radar plutôt qu’un miroir. Nous devrions, dès le début, être à l’affût et scruter ces tournants dans notre culture. Pendant l’écriture du roman, j’étais à la recherche de situations qui me semblaient réalistes, même avec ce postulat bizarre, et je n’avais pas à chercher bien loin.

Les Blondes peut être lu comme une dystopie, ou un roman d’anticipation, tout en restant de la fiction littéraire, avec de nombreuses références à la pop culture. Quelle signification cela a pour vous d’explorer différents genres littéraires ?

J’adore jouer avec les genres. Des films comme Les Oiseaux d’Hitchcock ou Rage de Cronenberg ont influencé Les Blondes, ainsi que des romans comme La Peste de Camus. En y réfléchissant, je me rends compte que j’ai beaucoup d’influences françaises. Catherine Breillat est une des mes réalisatrices préférées, elle explore des idées de beauté et de féminité en ayant recours à l’humour noir. Trouble Every Day de Claire Denis fut également une influence, et elles sont toutes les deux de formidables exemples de femmes qui s’intéressent aux genres à partir d’une perspective féministe.

Comment avez-vous décidé que Hazel s’adressant à son futur enfant serait le mode narratif utilisé ?

Je n’étais pas encore enceinte quand j’ai commencé à écrire le roman, mais ayant à l’époque la trentaine bien entamée, j’y pensais beaucoup, et je me demandais si le fait d’être mère me conviendrait et conviendrait à ma vie. Écrire Les Blondes a contribué à ma décision. Je suis tombée enceinte et ai accouché de mon fils pendant l’écriture du roman. Je ne m’adressais pas vraiment à mon ventre, mais de nombreuses femmes m’ont dit qu’elles le faisaient. Pour Hazel, j’avais l’impression qu’une histoire personnelle devait servir de base aux éléments plus fantastiques et dystopiques, et que tourner en rond dans le chalet à parler toute seule (ou à son futur enfant) était une manière de faire ça. Elle emmène le lecteur au travers du chaos, il était donc important d’entendre sa voix. Je pensais aussi qu’il était important de montrer comment une femme, ses objectifs, sa perception d’elle-même, tout cela change au cours des différentes étapes de la grossesse, ce qui est la raison pour laquelle Hazel n’aurait pas pu être mère au début, mais est ensuite entièrement dévouée. À un niveau très technique et basique, c’était une solution pour avoir un personnage isolé capable de tenir une conversation.

Votre éditeur français Asphalte se spécialise dans la littérature urbaine. Bien qu’une partie du roman se passe dans un chalet au Canada, la première partie se déroule à New York, où Hazel travaille sur sa thèse. Il y a notamment un passage frappant de Hazel décrivant sa carte mentale de New York, nourrie de souvenirs, d’imaginaire et de scènes de films. Comment la ville, et le paysage urbain en général, sous toutes ses formes, résonne avec votre travail ?

Bien que cela fasse maintenant cinq ans que j’habite à New York, écrire Les Blondes était tout de même un défi, parce qu’à New York, les gens ont une culture à part, et c’était difficile de véhiculer correctement les voix et les actions des personnages. Il y a beaucoup plus de chance d’interagir avec des inconnus ici qu’au Canada ou dans le Mid-Ouest, mais les rapports sont brefs. En faisant de Hazel une touriste, elle a tout de même une vision romancée de New York, même quand le virus blond commence à changer les gens autour d’elle. Dans les films d’horreur, et notamment dans les récits d’épidémie, les personnages sont toujours en train de quitter la ville pour partir vers des endroits reculés, pensant qu’ils y seront en sécurité. Je voulais également explorer cette dynamique.

Vous êtes à la tête de votre propre revue littéraire, Joyland. Avez-vous l’impression que cela a une influence sur votre écriture ?

Avoir l’opportunité de constamment lire de nouveaux travaux littéraires est source d’inspiration. Joyland s’organise par ville, afin que les travaux soient présentés de façon régionale. J’ai mis en place le site avec l’aide de mon mari, Brian Joseph Davis, qui est plus connu pour son projet The Composites. Nous voyagions beaucoup à l’époque et rencontrions des écrivains de multiples horizons. L’idée de pouvoir se focaliser sur des écrivains à un endroit donné nous a plu, et c’est ce que nous avons voulu accomplir avec la revue.

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"Il s’agit indéniablement d’un roman intelligent écrit par une romancière dont le talent est tout aussi indéniable mais dont on peut parfois regretter qu’elle n’arrive pas toujours à faire fusionner les deux genres qu’elle aborde, la chronique intime et ce sous-genre du roman fantastique qu’est la chronique de la diffusion d’une épidémie inconnue."

Un personnage franc, très représentatif des jeunes adultes d’aujourd’hui et qui fait écho aux filles de la télésérie Girls,[...].