Harry Hole : Je voulais donner un prénom pas sympa à un personnage sympa

Le sauveur

Harry Hole est commissaire à Oslo, personnage récurant inventé par Jo Nesbo. Flic alcoolique et dépressif en proie à des problèmes conjugaux, cynique, en rupture de ban, envoyé par sa hiérarchie dans des histoires impossibles. Les lecteurs apprécient chez Jo Nesbo aussi bien les personnages passionnants, la variété des lieux et des intrigues, les constructions au suspense parfait.

Pourquoi avoir choisi d’écrire des polars ?

Je voulais écrire un “vrai” roman, et je pensais que pour m’entraîner à l’écriture d’un roman policier serait un bon départ. Je pensais aussi savoir comment en construire un. J’avais tort.

Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré, et qui vous intéressent encore ?

Jim Thompson, Ernest Hemingway, Charles Bukowski, Knut Hamsun, Henrik Ibsen

Votre personnage, Harry Hole, est un archétype de la littérature policière, un flic qui a des problèmes avec sa hiérarchie et de fortes pulsions autodestructrices. Pourquoi l’avez-vous construit ainsi ? Harry, son prénom, renvoie à deux flics très connus des amateurs de polar, Harry Bosch de Michael Connelly et l’inspecteur Harry de Clint Eastwood. L’avez-vous choisi en pensant à ces deux personnages ?

Plutôt que d’essayer d’éviter l’archétype, j’en ai profité, j’ai essayé d’utiliser tous les avantages qui vont avec, pour en tirer un personnage original et intéressant. Et Harry est un prénom vraiment dur à porter. En norvégien, il est souvent utilisé pour caractériser des ploucs incultes. Je voulais donner un prénom pas sympa à un personnage sympa.

Votre premier roman traduit en France était L’Homme chauve-souris (Flaggermusmannen), première apparition de Harry. Est-ce également le premier de la série ? Pourquoi l’avoir envoyé si loin (en Australie, puis dans le suivant en Thaïlande) ?

Oui L’Homme chauve-souris était mon premier roman. L’Australie ? C’est juste que j’y étais allé. Par contre j’ai décidé d’aller à Bangkok, en Thaïlande, pour écrire Les cafards . J’étais fatigué de lire des polars scandinaves réalistes, qui traitent des problèmes quotidiens des gens dans les pays riches. Alors j’ai amené mon personnage à l’étranger, et j’ai pu également jeter un œil sur la façon de penser scandinave depuis l’extérieur.

Dans Rouge-gorge (Rodstrupe) et L’étoile du Diable (Marekors), l’explication des crimes présents se trouve dans le passé. Plus précisément, les personnages des deux romans sont encore très influencés par ce qu’ils ont vécu durant le deuxième guerre mondiale. Est-ce que cette période et ses traumatismes sont encore très présents dans la société norvégienne ?

Il n’y a pire traumatisme que de vivre avec l’étrange idée reçue selon laquelle, pendant la guerre, la résistance norvégienne a été un modèle pour les générations suivantes. C’est bien entendu comme ça que notre société voudrait que l’on voie l’histoire, et comme cela qu’elle a essayé pendant longtemps de l’écrire. Je suppose que c’est pareil en France, que vous ne voulez pas trop creuser, en étant parfois à la limite de la censure.

Un des thèmes centraux du Sauveur (Frelseren), est l’importance de l’Armée du Salut dans la société norvégienne. C’est assez étrange pour un lecteur français, car cette organisation est quasiment inexistante chez nous. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi d’écrire sur cette organisation, et nous dire quelle est son influence en Norvège.

Je voulais décrire de l’intérieur une organisation qui soit à la fois ouverte et fermée, et dans ce sens, semblable à la police où travaille Harry. En Norvège l’Armée du salut n’a aucun pouvoir, mais elle est populaire et respectée, pour le travail qu’elle effectue auprès des pauvres, des sans logis, et des junkies. Alors, qui pourrait bien vouloir assassiner un de leurs officiers dans la rue, comme si c’était un acte politique ?

Dans L’étoile du diable (Marekors) et Le sauveur, Harry démasque une organisation de policiers très puissante et dangereuse qui ont décidé de faire justice eux-mêmes. Est-ce une invention de votre part, ou est-ce que cette organisation a existé ?

C’est purement une invention. Mais on n’en sait rien, n’est-ce pas ?

En France nous avons l’impression qu’il y a une grande école de littérature policière scandinave, avec des auteurs comme Mankell, Indridason, Staalesen, Davidsen, Joensuu … et vous-même. Pensez-vous que c’est une réalité, ou une illusion française ? Et avez-vous l’impression d’appartenir à une grande famille d’auteurs ?

Je n’en sais vraiment rien, et non, je n’ai pas l’impression de faire partie d’une grande famille.