Dans la littérature américaine, les romans initiatiques ont presque toujours pour protagoniste un jeune homme, mais rarement une jeune femme


Rachel Khong

Rachel Khong © Andria Lo

Bye-bye, vitamines

Rachel Khong est écrivain, journaliste, et fondatrice de The Ruby, un espace de travail et de création réservé aux femmes à San Francisco. Bye Bye, Vitamines est son premier roman.

Vous écrivez pour plusieurs publications, notamment le désormais défunt magazine culinaire Lucky Peach ; et Bye Bye, Vitamines est votre premier roman. Pourquoi ce grand saut dans la fiction ?

La chronologie est un peu trompeuse, mais j’ai commencé à écrire de la fiction bien avant de commencer à travailler pour Lucky Peach. Quand j’étais enfant, lire des romans m’a donné envie de devenir écrivain. Je me suis tournée vers la non-fiction un peu plus tard, quand je me suis rendu compte que j’allais devoir gagner ma vie d’une manière ou d’une autre. Écrire était un de mes seuls talents, et écrire pour des journaux et des magazines me semblait être une manière raisonnable de gagner de l’argent. Je m’occupais de la section reportages dans le journal de mon lycée, puis de la section Culture dans l’hebdomadaire de mon université ; et j’ai écrit, par le passé, des articles sur la musique, le cinéma, et les livres. Mais mon attrait pour l’écriture, je le dois d’abord à la fiction, et c’est quelque chose que je n’ai jamais cessé de faire depuis mes cinq ou six ans, quand j’étais obsédée par mes bouquins.

Apprendre à se séparer d’un membre de sa famille ou d’un conjoint est un thème central du roman, notamment à travers le personnage de Ruth, la fille. Pourquoi avoir choisi d’en faire la protagoniste ?

Ruth était le personnage principal d’une nouvelle que j’avais écrite, et j’avais tellement aimé écrire avec sa voix que j’ai voulu continuer. Même s’il est vrai qu’il se passe beaucoup de choses dans la vie des personnages du roman, et que j’aurais pu choisir n’importe lequel d’entre eux comme protagoniste, le fait que Ruth soit une jeune femme qui arrive à un tournant de sa vie, essayant de savoir quelle est la prochaine étape, était pour moi quelque chose de fascinant. Dans la littérature américaine, les romans initiatiques ont presque toujours pour protagoniste un jeune homme, mais rarement une jeune femme. J’adore lire ce genre d’histoire, et j’aimerais qu’il en existe davantage de ce type, donc c’est une autre raison pour laquelle je voulais raconter l’histoire de Ruth.

Qu’est-ce qui a vous a décidé à écrire le roman sous forme d’un journal ?

Le roman se déroule sur une année, et pour moi, il s’agit avant tout d’instantanés, plutôt que d’une intrigue ou d’un arc narratif. Au lieu d’écrire le roman d’une manière plus traditionnelle, avec des chapitres, je souhaitais le diviser en sections plus courtes qui reflètent le quotidien, avec ses corvées, et parfois sa beauté. Je ne considère pas le roman tant comme un journal que comme un compte-rendu de ce qui s’est passé.

Malgré l’aspect potentiellement sombre des sujets abordés, ce qui contribue à faire du roman une lecture si agréable, ce sont l’atmosphère et les personnages pleins de vie, notamment à travers leur relation à la nourriture, et les scènes de repas servent souvent de décor à une confrontation ou, au contraire, à une réunion. Quand vous avez commencé à écrire ce roman, était-ce crucial pour vous que la nourriture soit un élément significatif et un lien entre les personnages ? Pensez-vous que votre contribution à Lucky Peach a façonné d’une certaine manière l’écriture de ce roman ?

Ce n’est pas aussi simple que cela, donc c’est un peu une question type “l’oeuf ou la poule”. J’ai toujours eu un intérêt pour la nourriture, qu’il s’agisse de manger, de cuisiner, ou d’y réfléchir, et il se trouve que j’ai travaillé au sein de Lucky Peach parce que cela m’intéressait déjà. Bien que je n’ai jamais entrepris de faire de la nourriture un élément central du roman, mon intérêt est toujours présent, donc il se manifeste exactement comme vous le décrivez. Encore une fois, pour moi, le roman se focalise surtout sur l’aspect quotidien de la vie, sur les instants, et le fait de manger est une activité à laquelle tout le monde participe, chaque jour. Nous sommes tous obligés de nous nourrir.

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Ecrit sous forme de journal, Bye-bye, vitamines est un roman très étonnant qui raconte, au fil des journées les moindres détails qui façonnent le quotidien. Sous couvert d’humour, ce sont les aléas de la maladie d’Alzheimer qui sont évoqués, plus ou moins grinçants, pour la personne malade comme pour ses proches.

On suit les membres de cette famille au fil des saisons, on découvre leurs traditions, leurs souvenirs, leur cuisine et leur maison remplie de tous ces moments passés ensemble. On ressort de cette lecture avec le sourire et le coeur rempli d'émotions.